Colloque international / International Symposium

COLLOQUE INTERNATIONAL DE LA 23ème ÉDITION DES ÉCRANS NOIRS

 

Thème : LA CRÉATION CINÉMATOGRAPHIQUE AFRICAINE : ESSENCE(S), MÉMOIRE, CONTEMPORANÉITÉ ET AVENIR
Yaoundé, Palais des Sports, 16-17 juillet 2019

RAPPORT DU COLLOQUE

Sous le thème, « la création cinématographique africaine : essence(s), mémoire, contemporanéité et avenir », la troisième édition du colloque international du festival Ecrans Noirs s’est ouverte mardi 16 juillet 2019. La salle VIP du palais des sports de Yaoundé qui accueillait cet événement sélectif, a connu la présence d’environ 50 participants ( contre 40 initialement prévus), dont 20 panélistes et une trentaine de participants dont denombreux étudiants, triés sur les nombreuses demandes de participation au colloque, en fonction de leurs CV.

Le colloque s’est ouvert par le mot de bienvenue de la coordonnatrice du colloque, Marie Nadège Tsogo Momo. Après son allocution, la parole est revenue à Monsieur Bassek Ba Kobhio, Délégué Général d’Ecrans Noirs.
Dans son propos, Bassek ba Kobhio a édifié l’auditoire non seulement sur les péripéties de la naissance du cinéma en Afrique noire particulièrement francophone dans les années 1960, mais aussi sur les grandes problématiques qui interpellent celui-ci à l’heure actuelle. Il les a résumé dans trois questions essentielles. Pour lui, ces trois questions posent les enjeux du cinéma africain dans un contexte de mondialisation en termes de source d’inspiration, de qualité, de quantité, de public cible, de financement et de rentabilité. : on crée quoi ? Pour qui ? et dans quelle direction ?
A l’issue de sa communication brève mais très riche, la parole a échu au professeur Jean Koufan Menkéné, chargé de modérer la plénière.

La plénière

Après un propos liminaire, le Professeur Jean Koufan Menkene a introduit la principale intervenante de la plénière, le Docteur Elisabeth Moundo. Sa communication intitulée, la question du cinéma en tant qu’industrie culturelle en Afrique subsaharienne, a dressé un panorama de l’état des lieux de la création cinématographique dans cinq pays africains, à savoir le Burkina Faso, le Cameroun, le Ghana, le Nigéria et le Sénégal. Dans une approche comparatiste de la politique de l’industrie culturelle dans ces pays respectifs, elle a tout d’abord relevé les disparités dans les budgets qui y sont consacrés à la culture. Ensuite, elle a dévoilé les freins au développement de l’industrie cinématographique en Afrique en général, et a achevé sa réflexion par la suggestion de quelques recommandations.
Son intervention n’a pas laissé le public indifférent. Celui-ci a réagi à travers trois préoccupations majeures : la problématique de la rupture entre le cinéma africain et le cinéma mondial au niveau des thématiques, celle de l’intéressement des enfants africains au cinéma produit dans leur continent et celle du soutien de l’Etat au secteur culturel. Ces questions ont permis à la panéliste de repréciser sa pensée et d’apporter des suppléments et des compléments d’informations. Au terme de ce premier échange, le public a été convié à la pause-café de 11 heures 15 à 11 heures 25 minutes.

Panel 1
Après cette première pause café de la journée, les communications se sont poursuivies avec la présentation de cinq brillants exposés. Le premier a été délivré par le marocain Cherqui Ameur sur le thème : « le cinéma africain et les questions de l’histoire et de la mémoire ». A travers cette thématique, l’exposant a voulu partager avec le public ses réflexions sur les problématiques liées à la formation des acteurs du cinéma africain, à la production des films et à leur distribution, au financement endogène et exogène, sans oublier celle du désenclavement culturel des Africains. Il a aussi partagé avec l’assistance, l’expérience marocaine du traitement de la mémoire et de l’histoire par le cinéma.
La deuxième communication qui a été présentée par Monsieur Hallidou Youssoufa de la République du Niger portait sur le thème intitulé, Les films de Moustapha Alassane, des identités culturelles africaines affirmées. Comme son titre l’indique, l’auteur a mis en exergue l’affirmation des éléments de l’identité culturelle africaine dans les films de Moustapha Alassane. Après la présentation biographique de cette icône du cinéma nigérien, il a montré que l’identité culturelle africaine se matérialisait dans ses films à travers des éléments tels que la magie, la langue, les mythes, les légendes, etc.
Présentée par Eyong-Tiku Eyong-Ewubhe de l’Université de Maroua, la troisième communication était intitulée « the Cameroonian film and ethnic mythologies: a study of some post 1990s movies ». L’objectif principal de l’auteur était de faire un plaidoyer pour le cinéma ethnographique. Sur la base du film, « La succession de Wabo Defo », il a montré que le cinéma est aussi un moyen de fixer la tradition. Après avoir remarqué que très peu de films camerounais intègrent cette dimension, il a suggéré par exemple l’introduction des mythes ethniques dans les curriculas de formation au niveau du primaire et du secondaire.
Le quatrième et dernier intervenant de ce panel, à savoir Hugues Heumen de l’Université de Maroua, a intitulé sa communication « le cinéma camerounais au prisme du patrimoine culturel : l’unité nationale et le repli identitaire à l’épreuve des écrans ». Dans sa présentation, il fait un certain nombre de constats : l’essentiel de la production des séries camerounaises est limité au niveau communautaire plutôt qu’à celui des aires culturelles ; les problématiques liées au vivre-ensemble y sont négligées, les séries camerounaises s’inscrivent plus dans la perspective de la médiatisation que dans la médiation, au regard de la vacuité de leurs thématiques préférées : jalousie, sorcellerie, etc.. Il a ensuite formulé quelques propositions parmi lesquelles la documentalisation de la fiction, la création et l’innovation, la construction d’un imaginaire collectif.
Au terme de ces quatre présentations, les échanges très animés ont porté sur quelques points évoqués par les panélistes, notamment la question de l’intellectualité des acteurs du cinéma africain, l’apport des cinéastes eux-mêmes dans la distribution des œuvres cinématographiques et la problématique des sources d’inspiration des cinéastes africains. Les activités ont été suspendues à 14 heures pour la pause-déjeuner.

Panel 2
Après le déjeuner, le deuxième panel a été modéré par le Professeur Emmanuel Matateyou. Il s’est ouvert avec la communication de Narcisse Wandji intitulée, « cinéma d’Afrique noire francophone : les enjeux d’une entreprise culturelle mort-née ».
A travers ce titre provocateur, l’auteur entendait réaliser l’autopsie de ce qu’il appelle la stagnation du cinéma d’Afrique noire francophone soixante ans après les indépendances. S’il a situé l’origine de cette stagnation dans la genèse même du cinéma africain au lendemain des indépendances, il a également pointé un doigt accusateur sur des facteurs tels que : l’exogénéité des financements qui a favorisé la naissance d’un cinéma d’auteur plutôt que d’un cinéma commercial, l’échec des nationalisations des salles de cinéma, la promotion d’un monocinéma à l’approche prescriptive de la FEPACI qui imposait la production d’un certain type de films, la négligence de la réflexion sur l’industrialisation du cinéma africain. Ensuite, il a décliné les enjeux contemporains du cinéma africain en termes de diversification cinématographique, tout en attirant l’attention sur ce qu’il appelé le mimétisme négatif.
A sa suite, Elvis Doba de l’Université de Maroua a présenté sa communication sur la conception des genres cinématographiques dans les films : cas du cinéma africain. La trame de fond de sa réflexion a consisté à montrer que la création cinématographique africaine est assez dense, avec des films qui prennent en compte les genres conventionnels, à l’instar du dramatique ou encore du comique.
Après lui, Nicodème Glo, de l’École Normale Supérieure de Bertoua a exposé sur identités socioculturelles et problématique de l’unité nationale dans la production cinématographique camerounaise : radioscopie, enjeux et perspectives. Précisant d’entrée de jeu que la construction de l’unité nationale doit se faire avec le concours du cinéma, il a également fait le triste constat de la reproduction des clichés et replis identitaires véhiculés dans les films camerounais. On y retrouve ainsi de manière récurrente des terminologies stigmatisantes telles que Wadjo, Gadamayo et des rôles stéréotypés réducteurs affectés à des originaires de certaines régions du pays. Sa communication qui s’est voulu être un plaidoyer, a plaidé ainsi pour la réduction de cette disparité fondée sur des clichés qui doit être corrigée dans des productions filmiques futures au Cameroun.
Njoya Idrissou de l’Institut des Beaux Arts de Foumban, a pris le dernier la parole pour exposer sur la création cinématographique et la problématique de la mode vestimentaire africaine. Présente dans tous les aspects de la vie, la mode en général et la mode vestimentaire en particulier occupe une place importante dans la création cinématographique. Légitimant la corrélation qui existe entre la mode et le cinéma, il a relevé l’importance de la création esthétique pour créer l’harmonie entre le texte et la couleur dans les films. De la même manière, l’aspect symbolique du vêtement donne également une idée de l’identité et du rang social de son porteur. Le vêtement aide ainsi à restituer le film dans son contexte historique avec le concours des éléments de parures des acteurs.
Cette deuxième série d’interventions a également suscité des réactions parfois houleuses au sein de l’assistance. La première réaction portait notamment sur la vocation même du cinéma en termes de pédagogie et/ou de divertissement. La seconde réaction était relative aux procès faits aux genres cinématographiques africains, entre protectionnisme et ouverture. La troisième réaction a interrogé à nouveau la qualité des costumes dans les films africains, notamment en termes de design. Comme il est de tradition, les panélistes ont enrichi les débats à travers des éclaircissements et des compléments d’informations. Le modérateur a salué la qualité des interventions, et remis la parole à qui de droit pour le mot de la fin. Et c’est sur ces entrefaites que madame Nadège Tsogo a une fois de plus remercié l’assistance pour sa présence et sa patience, mettant ainsi un terme à cette première journée autour de 17h40.

Journée 2 : Mercredi 17 juillet 2019.
La journée a débuté à 9h15 minutes, avec le mot de bienvenue de la coordonnatrice, avant l’introduction de la première plénière du jour.

Plénière 1.
La première plénière constituée de trois interventions sous la modération du Professeur Dili Palaï de l’Université de Maroua, a connu trois principales interventions.
Inaugurant les exposés, l’Américaine Joy Kecken a présenté sa communication sur le thème, ‘‘Filmaking as community : flipping the script to connect to people’’. A partir de son expérience personnelle, elle a précisé que la demande des films sur l’Afrique est assez importante aux Etats Unis et qu’il appartient aux cinéastes africains de produire suffisamment pour la satisfaire. Plusieurs personnes aux Etats-Unis souhaiteraient découvrir et apprendre davantage sur l’Afrique et la tâche revient aux réalisateurs africains de créer des passerelles, avec entre autres, le concours des langues locales qui présenteront l’Afrique sous un jour nouveau. Le film Black Panther, pour sa part, a contribué à véhiculer un certain imaginaire, et en appelle aux réalisateurs africains de produire davantage des films dans ce sens.
Le second exposé était celui de Gaston Kelman sur le thème intitulé ‘‘le rôle de la production cinématographique dans la renaissance des nations africaines’’. D’entrée de jeu, il a postulé que le problème du développement de l’Afrique est intellectuel et non politique. Après avoir présenté les nations africaines, il s’est appesanti sur la notion de la renaissance de l’Afrique qui doit également se faire avec le concours du cinéma.
La troisième et dernière intervention de Monsieur Imunga Ivanga avait pour titre ‘‘les Pères fondateurs se sont trompés’’. Sur la base de l’ analyse d’une décennie de développement du cinéma en Afrique noire francophone, l’auteur a relevé les raisons pour lesquelles il estime que les Pères-fondateurs s’étaient trompés. Parmi celles-ci, il a souligné la promotion d’un cinéma d’auteur au détriment d’un cinéma commercial ou industriel, le refus d’autres modèles de productions cinématographiques et la négligence de la création d’un modèle d’industrialisation cinématographique spécifique. Il a également soulevé les succès du cinéma nollywoodien qui de son point de vue, est sorti de ce schéma originel pour éclore. Il a enfin fait quelques suggestions allant dans le sens d’une réappropriation de l’identité culturelle africaine dans la production cinématographique.
Après avoir remercié les panélistes, le modérateur a donné la parole aux participants pour des échanges. Les questions ont porté entre autres sur l’obsession à l’africanité et la référence obsessionnelle au Nigéria, ainsi que l’occultation d’autres modèles à l’instar de la Corée du Sud, la désafricanisation du cinéma africain, la distinction récurrente entre le cinéma d’art et le cinéma commercial, les raisons pour lesquelles les pères-fondateurs se sont trompés, la survie des langues africaines dans le cinéma , l’apport de la diaspora africaine à l’éclosion du cinéma africain. Des éclairages ont été apportés à ces différentes interrogations par les panélistes, après quoi le modérateur a mis un terme à cette première séance d’échanges.

Panel 2
Après la pause-café, le deuxième panel était constitué de trois communications, sous la modération du Dr. Alvine Henry Assembe Ndi, Enseignante à l’Université de Yaoundé I.
Le premier exposé a été présenté par Monsieur Zoah Ottou sur le thème « La création cinématographique africaine au service de la revalorisation mémorielle négro-africaine : endoscopie épistémique des enjeux à l’heure de la mondialisation ». Sa communication est partie du postulat selon lequel le cinéma africain présenterait davantage une fonction de divertissement au détriment de la fonction pédagogique. Or, pour lui un cinéma qui se veut compétitif devrait au préalable poser les bases du ré enracinement culturel des Africains. Raison pour laquelle il a suggéré un recentrement de la fonction mémorielle du cinéma africain. Il est contre le syncrétisme culturel au niveau cinématographique et milite pour un choix clair entre un cinéma ludique occidental et un cinéma pédagogique mémoriel africain.
Le second exposé était celui de Marie-Nadège Tsogo sur les soutiens à la production des films en Afrique noire : quelles influences sur la création cinématographique africaine ? A travers cette thématique, elle a montré la corrélation qui existe entre la production (financements) et la création cinématographique. Dans la continuité de ses prédécesseurs, elle a relevé que c’est pendant la période entre les deux-guerres en 1927 avec les films allemands, que l’on parle de la genèse du cinéma au Cameroun. Un cinéma qui avait des visées uniquement colonisatrices qui ont poussé les Africains, notamment les pères-fondateurs à rectifier le tir dans leurs films (Sembene, Dikongue Pipa), films cependant financés par des fonds étrangers. Elle a décliné certains bailleurs de fonds extérieurs du cinéma africain et formulé quelques propositions, notamment la mise sur pied d’une structure autonome de financement du cinéma , la création d’un cadre normatif adéquat, et le développement d’une coopération Sud-Sud ( avec le Maroc par exemple) en matière cinématographique.
Le troisième exposé était celui de Gérard Nguélé sur le thème la question des genres dans la création des films africains : de la conscience à l’insouciance. Il a commencé par une conceptualisation de la notion de Genre. C’est un concept polysémique a – t – il affirmé. D’emblée, il faut faire la distinction entre le film d’auteur et le film commercial, le film documentaire et le film de fiction. Du film de fiction découle tous les genres (drame, comédie, aventure, etc.). Il a observé l’occurrence du drame dans la production cinématographique actuelle, et cela l’a amené à poser la question de savoir, en suggérant une réponse négative, si l’Afrique est uniquement drame. Par la suite, sur le plan idéologique, il a distingué les films de revendication, les films de propagande et les films de dénonciation. Dans cette spirale, il a observé, sur la base d’une rétrospective des métamorphoses idéologiques qui jalonnent l’histoire du cinéma africain depuis 1960, que les créateurs africains sont passés de la conscience idéologique à l’insouciance à partir des années 2000. Il a plaidé pour un recadrage idéologique dans la production cinématographique africaine, car sans idéologie, le cinéma n’a pas d’âme.
Des échanges ont porté sur la définition du héros africain, la dépendance des subventions extérieures, l’identité et l’africanité du cinéma africain, la volonté étatique. Des éclairages ont été apportés par les panélistes et c’est au sortir de ces échanges que la modératrice Madame Assembe Ndi va remercier l’assistance et la convier à la pause-déjeuner à 13h05.

Panel 3
Le Panel 3 a été modéré par Cherqui Ameur .
Le premier intervenant, Monsieur Angong Ze a présenté une communication intitulée, « Cinéma africain : imaginaire du futur ». Il a posé un regard d’espérance sur l’Afrique en postulant pour la création d’un imaginaire du futur dans la création cinématographique camerounaise et africaine.
Le Professeur Emmanuel Matateyou a pour sa part, démontré que l’on pouvait réconcilier l’Afrique avec elle-même à partir du petit écran. Il s’est questionné sur l’Afrique que l’on représente à l’écran compte tenu de la force de l’image cinématographique.
Landry Mbassi a exposé sur le thème intitulé, « Cinéma national, un concept dépassé : du digital au glocal ». A l’instar de bien d’autres panélistes, il a questionné le facteur identitaire dans le cinéma africain en le situant aux échelles locale et globale.

Recommandations
-Conscientiser les pouvoirs publics à plus de volonté et de responsabilité politique ;
– Promouvoir une image positive de l’Afrique dans le monde par l’entremise du cinéma ;
– Mettre sur pied d’une structure autonome et endogène de financements du cinéma ;
– Créer un cadre normatif adéquat ;
– Développer une coopération Sud-Sud en matière cinématographique ;
– Produire des films en langues nationales en prenant en compte le doublage et le sous titrage ;
– Utiliser des costumes africains dans la création d’une esthétique du cinéma D
– Promouvoir un protectionnisme des œuvres cinématographiques ;
-Intégrer la socio-culture dans les productions cinématographiques (mythes, contes, traditions légendes) ;
– densifier les structures de formation aux métiers de cinéma ;
– Créer des structures de distribution des œuvres cinématographique ;
– Promouvoir l’industrialisation d’un cinéma camerounais de qualité .

 

Les Rapporteurs

    COLLOQUE INTERNATIONAL

Écrans Noirs 2019

   APPEL A CONTRIBUTION

 La création cinématographique africaine :

Essence(s), mémoire, contemporanéité et avenir

 

La problématique des fondements, des sources et des ressorts de la création cinématographique africaine, aujourd’hui plus qu’avant alors que triomphe la mondialisation et que se généralise l’uniformité des créations et des productions artistiques,  suscite des interrogations plus ou moins conscientes de la part des scénaristes et des réalisateurs, ainsi que des réflexions de la part des critiques et chercheurs du continent et d’ailleurs, faisant l’objet de nombreux articles et de nombreux colloques.   Un tel engouement autour de la question de l’essence (ou des essences) de la création cinématographique africaine qui se rattache de manière générale à celle de la création artistique africaine, traduit sans aucun doute l’importance de sa symbolique et de sa portée, ainsi que des enjeux qui en découlent.

Cette préoccupation  a certes toujours été présente, arborant même un caractère militant au début des années 60, mais elle est devenue épique avec le quasi achèvement annoncé sinon avéré du projet de construction d’un imaginaire unique pour tous, géré par les Puissances de l’heure .

Et pourtant, les « pères fondateurs » du cinéma africain s’étaient donné pour credo de faire de ce cinéma né dans le fracas des luttes anti  coloniales et des  soubresauts de la phase néo coloniale, une arme de libération, de conscientisation, et de témoignage, d’en faire un cinéma résolument « national » au sens où l’entendait Frantz Fanon. Sembène Ousmane avec des films comme Borrom Sarret , La Noire de… , ou plus encore avec Camp de Thiaroye ,  Souleymane Cissé avec Baara ou Le Vent, Med Hondo avec Sarranouia, Sarah Maldoror avec Sambizanga, pour ne citer que ceux-là, se servaient du cinéma comme de véritables outils de guerre.

Toute création restant tributaire de son époque et de son environnement, se construisant en fonction des enjeux et des défis de son temps pour paraphraser Alexie Yeutchap,  la nouvelle génération de cinéastes qui émerge  à la fin de la décennie 80 semble renoncer à vivre dans l’obsession de « bâtir » ou « construire » une Nation véritablement indépendante,  à la différence de leurs prédécesseurs.  Dans la foulée de Bal Poussière de Henri Duparc, film  incontestablement parmi les chefs d’œuvre du cinéma africain pourtant interdit de sélection au Fespaco de Ouagadougou à sa sortie en 1989, les jeunes cinéastes africains tournent le dos au cinéma exclusivement militant, anti colonial et anti élites compradores, pour développer un cinéma davantage social, voire même simplement ludique, ce que fut Bal Poussière .

 

Pourtant, au-delà du droit à la différence et à la multiplicité des parcours et des formes, devant les stratégies de survie collective auxquelles nous contraignent les enjeux de l’heure, s’impose, quel que soit le genre que le cinéaste africain choisit, qu’il songe à la réhabilitation de l’Afrique et du monde noir, à sa re(mise) en selle dans cette bataille des Nations qui gagne chaque jour en importance et semble sceller notre fin d’hommes libres.  Les évolutions de la technique, des formes de production, de distribution et de diffusion, la rareté et la concentration des financements,  contraignent le créateur africain s’il veut continuer à exister encore, à évaluer ou à réévaluer l’essence ou les essences du-des cinéma-s africain-s, en associant à cet exercice salutaire. Au niveau de la réflexion, sont convoqués les critiques et chercheurs du continent, du monde noir et de ceux qui sont conscients du drame que signifierait la fin définitive de la différence. Cela implique de commencer par cerner cette essence, de tenter de la définir, d’identifier des sources d’inspiration susceptibles de contribuer à l’affirmation de cette part du monde qui est la nôtre, susceptibles de motiver et de galvaniser la jeunesse africaine, de dégager des perspectives d’avenir en déterminant les voies à emprunter pour assurer sa pérennité et son intégrité à la fois comme initiatrice de divertissement tout autant de conscientisation, au risque d’être contraints d’assister impuissants au spectacle ubuesque de notre noyade collective.

C’est à ce travail d’évaluation, de redéfinition, d’interrogation et éventuellement de tentative de réorientation de la création cinématographique africaine, que va se consacrer le colloque 2019 des Écrans Noirs à travers les axes suivants :

 

  • Essence(s), essentialisme et création en Afrique.
  • L’évaluation nécessaire du cinéma africain militant
  • Cinémas africains et défis de la mondialisation
  • Cinéma national : un concept dépassé ?
  • Cinéma et science-fiction en Afrique.
  • Les temps de la comédie et du comique
  • Imaginaires du futur
  • La question des genres dans le cinéma africain.
  • Cinéma et mémoires
  • L’histoire : une mine intarissable d’inspiration
  • Cinéma et cultures africaines
  • Cinéma et mythes fondateurs

 

Merci de bien vouloir faire parvenir vos propositions (300 à 500 mots) , simultanément à :

 

Délai de rigueur d’envoi : 12 juin 2019

Dates colloque : 16-17 juillet 2019

INTERNATIONAL SYMPOSIUM

Ecrans Noirs 2019

CALL FOR PAPER

Cinematographic creation:
Essence (s), memories, contemporaneity and future

 

As globalization triumphs, and the uniformity of artistic creations and productions becomes widespread, the issue of the foundations, sources and mechanisms of African cinematographic creation, today more than ever, raises conscious questions from writers and directors, as well as critics and researchers from the continent and elsewhere. It is the subject of numerous articles and seminars. Such enthusiasm on the issue of the essence (or essences) of African cinematographic creation, undoubtedly reflects the importance of its symbolism and its scope, as well as the issues arising from it.

This concern has certainly always been present, even sporting a militant character at the beginning of the 60s, but it has become epic with the almost announced, if not proven, completion project of building a unique imaginary for all, managed by the actual major powers.
And yet, the “founding fathers” of African cinema made it their credo, to make this cinema born in the tumult of anti-colonial struggles and the jolts of the neo colonial phase, a weapon of liberation, awareness and testimony, to make it a resolutely national cinema in the sense of Frantz Fanon. Sembene Ousmane with movies like Borrom Sarret or La Noire De… or even like Camp de Thiaroye, Souleymane Cissé with Baara or Le Vent, Med Hondo with Sarranouia, Sarah Maldoror with Sambizaga to name a few, used cinema as a real instrument of war.

Any creation remaining dependent on its time and environment, built on issues and challenges of his time to paraphrase Alexie Tcheuyap, the new generation of filmmakers emerging at the end of the 80s seems to be abandoning their obsession with “building ” a truly independent nation, unlike their predecessors. In the stride of Bal Poussière, undoubtedly one masterpiece of the African Cinema, however banned from the Fespaco when it was released in 1989, young african filmmakers turn their backs on the exclusively militant, anti-colonial and anti-elites cinema, to develop a more social cinema.
Yet , beyond the right to difference and the multiplicity of paths and forms, in front of the collective survival strategies which the actual stakes forces on us , the African filmmaker has to think of the rehabilitation of Africa and the Black world , and to its return in this battle of the Nations which gains in importance everyday, and seems to seal the end of our freedom as human being.

Technological evolutions, as well as forms of production, distribution and diffusion, and the scarcity and concentration of funding, require from the African creator to evaluate or reevaluate the essence (or essences) of African cinema, if he wants to continue to exist, by joining this salutary exercise. At the reflection’s level, are summoned the critics and researchers of the continent, the black world and those who are aware of the drama that would mean the end of the difference. This implies to define this essence, to identify it as well as the sources of inspiration likely to contribute to the affirmation of our part of the world, capable of motivating and galvanizing the African Youth, to outline future prospects by determining the paths that needs to be taken to ensure its continuity and integrity, both as initiator of entertainment as much as awareness, at the risk of being forced to helplessly watch the sight of our collective drowning.

It is to this work of evaluation, of redefinition, of interrogation and possibly of attempt of reorientation of the African filmmaking, that will be devoted the 2019 symposium of Ecrans Noirs, through the following axes :

• Essence (s), essentialism and creation in Africa
• The necessary evaluation of militant African Cinema
• African cinemas and the challenges of globalization
• National cinema: an outdated concept?
• Cinema and science fiction in Africa
• The time of comedy .
• Imaginary of the future
• Gender issues in African cinema
• Cinema and memories
• History: an inexhaustible mine of inspiration
• Cinema and founding myths

Kindly simultaneously send your abstract proposals (300 to 500 words) to the following addresses:

– tsgomomo@gmail.com
– dg@ecransnoirs.org
– colloque@ecransnoirs.org

 

Strict deadline: June 12 2019

Symposium dates : 16th to 7th of July 2019

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