Colloque Scientifique International du Trentenaire des Écrans Noirs Sous la Direction scientifique du CERDOTOLA
Yaoundé, 24-25 novembre 2026
1. Contexte et justification
De la première édition organisée en 1997 à la trentième édition de 2026, le Festival Écrans Noirs a construit un espace durable de visibilité, de circulation et de discussion autour des cinémas africains. Né de la volonté de permettre davantage à l’Afrique de produire, montrer et commenter ses propres images, il a rapproché les œuvres des publics, favorisé la rencontre entre créateurs, soutenu la formation aux métiers du cinéma et de l’audiovisuel, accompagné l’émergence de nouvelles générations et consolidé Yaoundé et l’Afrique centrale dans leur vocation de carrefour cinématographique. Le trentenaire offre un moment privilégié pour relire ce parcours, en mesurer les acquis, interroger ses inflexions et dégager les conditions d’un nouvel horizon institutionnel, artistique, professionnel, créatif, esthétique, économique et pédagogique.
Cette commémoration revêt une portée singulière. Elle intervient après la disparition, le 12 mai 2026, de Bassek Ba Kobhio, écrivain, cinéaste, producteur, formateur et fondateur du Festival des Écrans Noirs. Son absence physique invite à convertir l’hommage affectif en travail intellectuel, critique et prospectif. Son œuvre traverse plusieurs territoires : littérature, réalisation, adaptation, production, formation, politique culturelle et construction d’institutions. Elle propose des figures d’éducateurs, de bâtisseurs, de médiateurs et d’idéalistes confrontés aux contradictions du pouvoir, de la mémoire, du développement, de la responsabilité collective. Le Colloque Scientifique International du Trentenaire des Écrans Noirs (CSI-TEN) 2026, sous la direction scientifique du CERDOTOLA (Centre International de Recherche et de Documentation sur les Traditions et les Langues Africaines) entend étudier cette trajectoire plurielle, évaluer son legs et examiner les voies par lesquelles celui-ci peut nourrir la postérité.
2. Problématisation générale
Le thème du Festival du Trentenaire, « Le cinéma, notre arme de paix », étendu en vue de l’hommage scientifique sous l’intitulé du CSI-TEN 2026 « Le cinéma, notre arme de paix, de sens et de prospérité en Afrique », repose sur une métaphore particulièrement féconde. L’arme évoquée ici relève de la puissance symbolique, narrative, éducative et économique des images. Le cinéma peut désamorcer les récits de haine, restituer une dignité aux mémoires blessées, rendre visibles des expériences reléguées, favoriser la reconnaissance mutuelle et créer un langage commun entre des communautés séparées par l’histoire, les frontières, les langues ou les conflits. Il peut également stimuler des chaînes de valeur, développer des compétences, créer des emplois, soutenir l’attractivité des territoires, encourager la circulation des œuvres et inscrire les industries culturelles au cœur des stratégies africaines de développement.
Toutefois, cette promesse demeure soumise à plusieurs conditions : liberté de pensée et de création ; infrastructures adaptées ; financements créatifs, diversifiés, pérennes et capables de monter en échelle et en force ; rentabilisation ; formation professionnelle ; politiques publiques cohérentes ;
protection des droits ; diffusion accessible ; conservation des archives et constitution de publics. Le CSI-TEN 2026 posera donc une question directrice : à la lumière de la trajectoire et de la promesse des Ecrans noirs, à quelles conditions le cinéma africain peut-il convertir sa puissance de représentation en
capacité d’apaisement, de cohésion, d’émancipation et de prospérité partagée, tout en préservant l’autonomie des créateurs et la diversité des imaginaires ? Cette interrogation conduira à confronter les ambitions aux réalités de production, de distribution, d’exploitation, de réception et de transmission,
dans une double orientation rétrospective et prospective concernant deux sous-thématiques principales le Festival et l’œuvre institutionnelle d’une part, et d’autre part, les créativités multiples de son fondateur.
3. Une double orientation scientifique
3.1. Trente ans d’Écrans Noirs au service de la paix et de la prospérité : histoire, utilité et avenirs
Le premier mouvement du colloque portera sur les Écrans Noirs en tant qu’institution culturelle africaine. Il s’attachera à reconstituer les étapes de son évolution, ses choix de programmation, ses partenariats, ses dispositifs de formation, ses relations avec les professionnels, les pouvoirs publics, les
médias et les publics. Les contributions pourront analyser la fonction du festival dans la structuration d’un espace cinématographique en Afrique centrale, dans la reconnaissance des talents, dans la circulation transnationale des films et dans l’élaboration d’une culture critique. Elles examineront
également les fragilités rencontrées et les adaptations requises face aux plateformes numériques, aux mutations des usages, aux nouveaux modèles économiques, à l’intelligence artificielle, aux enjeux d’archivage et au renouvellement des publics. Les élargissements de l’initiative visant à la renforcer et l’adapter aux défis et mutations, notamment à travers la mise en place d’institutions ancillaires de recherche académique et praticienne, de formation et de professionnalisation, constitueront une autre piste pour les hommages, le bilan et les perspectives.
3.2. Bassek Ba Kobhio : œuvre, pensée et héritage
Le second mouvement sera consacré à l’œuvre entière de Bassek Ba Kobhio. Les propositions pourront concerner spécifiquement ou articuler ses écrits littéraires, ses films, ses adaptations, ses activités de production, son action de formation et son engagement institutionnel et même philosophique. Elles pourront étudier les continuités entre le romancier et le cinéaste, les formes de pédagogie sociale qui traversent son univers, la critique des héritages coloniaux, la mise en scène des rapports de pouvoir, le traitement de la communauté, de l’éducation, de la mémoire, de l’altérité et du développement comme œuvre de production du sens, de construction de la paix, et de création de prospérité collective. L’objectif consiste à densifier, mais aussi dépasser l’éloge commémoratif, afin de construire une réception scientifique exigeante, ouverte aux lectures esthétiques, historiques, sociologiques, philosophiques, économiques, décoloniales, comparatistes, intermédiales et autres.
4. Orientations de la réflexion
Les contributions et communications devront traiter, sans s’y limiter, des sous-thématiques suivantes :
◆ Écrans Noirs, trente ans de programmation, de médiation, de formation et de mise en réseau des cinémas africains ;
◆ Le Festival des Ecrans noirs, espace public de diplomatie culturelle, de cohésion sociale, de circulation des imaginaires et de mobilisation de l’intelligence collective ;
◆ Le Cinéma au service de la prévention des violences, du règlement des conflits, de la justice et de la réconciliation, de l’histoire authentique et de la réhabilitation, de la mémorialisation et de la traitement des pathologies mémorielles, de l’éducation artistique et culturelle, des diversités et de l’éducation à la paix, etc. ;
◆ Industries cinématographiques, emplois créatifs, financements, coproduction, distribution, salles et autres infrastructures, défis technologiques, plateformes et souveraineté numérique, etc. ;
◆ Réception des films, formation des publics, critique cinématographique, jeunesse et transmission ;
◆ Ecritures, films et adaptations de Bassek Ba Kobhio : esthétiques, personnages, idéologies, langues et territoires, visées et réalisations, perspectives d’avenir ;
◆ Bassek ba Kobhio bâtisseur d’institutions : Écrans Noirs, production, édition, formation et professionnalisation ;
◆ Archives, patrimonialisation, restauration, accessibilité et transmission du legs de Bassek ba Kobhio et du festival.
5. Finalités du CSI-TEN 2026
Le Colloque Scientifique International du Trentenaire des Écrans Noirs 2026 remplira deux fonctions complémentaires. Il constituera, d’une part, un lieu d’évaluation critique du festival devenu trentenaire, capable de documenter l’apport d’Écrans Noirs, d’en préserver la mémoire et de formuler
des propositions pour son prochain cycle. Il offrira, d’autre part, un cadre scientifique d’hommage à Bassek Ba Kobhio, fondé sur l’analyse de ses créations, de sa pensée et de son action culturelle. Les travaux attendus contribueront à établir des archives interprétatives, à renouveler les connaissances sur le cinéma africain et à faire émerger des pistes d’action reliant création, paix, économie culturelle, éducation et souveraineté narrative.
En réunissant chercheurs, cinéastes, professionnels, critiques, responsables publics, acteurs culturels, étudiants et publics, cette rencontre fera du trentenaire un temps de mémoire active, de débat rigoureux et de projection collective, au service de futurs africains communs. Les contributions de
Praticiens, de Professionnels, d’Institutionnels, de Créateurs, de Critiques et d’Universitaires feront l’objet d’une publication scientifique collective aux Editions du CERDOTOLA : les Actes du Colloque Scientifique International du Trentenaire des Ecrans Noirs.
6. Modalités pratiques de soumission
Les propositions de contribution devront être envoyées simultanément aux adresses électroniques suivantes : colloque@ecransnoirs.org, contact@cerdotola.org, et biem@post.harvard.edu au plus tard le 15 novembre 2026. Ces propositions devront indiquer le titre de la communication, le nom du ou des auteur.e.s, leur qualité ou affiliation institutionnelle, un résumé de 500 mots précisant la problématique abordée, les outils et orientations théoriques ou méthodologique, l’accentuation scientifique, académique ou praticienne, l’apport visé dans les débats, ainsi que le positionnement en termes de bilan et de projection sur les Ecrans noirs, l’œuvre de Bassek ba Kobhio, ou tout autre aspect pertinent pour la thématique générale du colloque, l’argumentaire et les orientations de la réflexion indiquées. Le système de référence recommandé pour les contributions scientifiques et la bibliographie est APA (7ème édition).